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Histoire du lavoir du Petit Paris
à Limonest (69)

A la Garde et au Petit Paris

 

En ce printemps 1906, les habitants de la Garde et du Petit Paris sont un peu jaloux de ceux de Saint André, du Mathias ou du Bourg ; en effet, le lavoir de la Chana a été refait, celui de Saint André est bien agréable, bien abrité et fonctionnel, et celui du Mathias est flambant neuf.


Plan du lavoir du Mathias.

Ne construit-on que pour les tailleurs de pierre à Limonest ? Les quartiers de cultivateurs doivent t'ils se contenter de leurs vieux lavoirs « très primitifs, d'une commodité relative et situés dans des bas-fonds inaccessibles une bonne partie de l'année » ? Les dames arrivent à décider leurs maris de signer une pétition à Monsieur le Maire, qui regroupe les habitants des hameaux de la haute et basse-garde, du petit Paris et des gendarmes.

Le 25 avril, la pétition signée par vingt-quatre personnes arrive à Alexandre Sabarly, maire de Limonest, qui est aussi entrepreneur en maçonnerie.

Alexandre Sabarly :  maire de Limonest, est né en 1849 à Maisonisses,  il est entrepreneur en maçonnerie, il a épousé Hélène Touzel qui est née à Limonest  en 1858 et qui lui a donné un fils, Martial né en 1888 ; monsieur le maire vit aussi avec sa belle-mère, Mariette Jalot qui est cafetière.


La Mairie.

Dès le 13 mai, le conseil municipal constitue une commission d'étude de quatre membres pour le projet, et cette commission, loin d'enterrer le projet, fait sortir de terre le lavoir et l'abreuvoir qui le jouxte.

Le 5 août, la commune fait l'acquisition du terrain auprès de Pierre Courtois, buraliste à Limonest, qui avait reçu ce terrain par héritage de sa mère Françoise Boin, le terrain de 0,60 are est payé à 1 FF le m² (3,5 €).

Pierre Courtois :  est né en 1839 à Limonest, il est buraliste et propriétaire du terrain où se trouve le projet de lavoir, il a hérité ce terrain de sa mère Françoise Boin décédée en 1899 et veuve de Benoît Courtois décédé en 1880 à l'âge de 70 ans. Pierre Courtois est un homme fort, il transporte avec sa charrette des pierres pour les carriers de Limonest, il a épousé Marie Lecourbe qui a sept ans de moins que lui ; ils ont un fils, Benoît, né en 1875 à Limonest et qui travaille comme chimiste au laboratoire municipal de Lyon.


Benoît Courtois et son beau-père
devant la maison familiale.

L'agent voyer cantonal, Joseph Poitrasson, intervient alors, il établit le devis ; ce devis nous donne tous les détails de construction du lavoir. L'eau arrive par captage de trois sources et est menée à l'abreuvoir, qui sert de bassin de décantation par une conduite de 0,15 m de diamètre. Les matériaux de l'ancien lavoir sont réutilisés ; les anciennes pierres de lavage deviennent ainsi un mur de l'abreuvoir.


Devis de l'agent voyer Joseph Poitrasson.

L'agent voyer indique que :
« Le banc à laver en pierres de taille a 5 m. de longueur et 1 m de largeur, il est incliné à 0,54/1.00 et le bord extérieur est à 0,80 m au dessus du dallage pour permettre aux laveuses de laver debout ».
L'article 9 précise que « Le sable sera bien grenu, pur, sec, anguleux, criant à la main sans y adhérer ni la tacher ».

Les pierres « finement bouchardées » viennent des carrières de Limonest. Les tuiles proviennent de la tuilerie Maïer à Limonest et les tuyaux en grès de la Tour-de-Salvagny ; l'entrepreneur a quarante jours pour réaliser les travaux.

Joseph Poitrasson Gonnet : est agent voyer cantonal, il est originaire du Bois d'Oingt et en 1906, il a 35 ans, son épouse Hélène de cinq ans sa cadette, lui a fait deux enfants qui lui ont peut-être permis d'exprimer des sentiments plutôt monarchistes : Philippe Auguste est né à Condrieu en 1903 et Marie-Antoinette à Limonest l'année dernière. Monsieur l'agent voyer emploie une domestique, Marie-Claudine qui vient de Marcilly le pavé.


Une tuile de Limonest.


Les tuyaux de la Tour de Salvagny.

Le conseil du 19 août prend acte de l'achat du terrain, du devis et essaye de monter le dossier financier ; comment obtenir la somme de 2 660,60 FF (9 700 € en valeur 2006) nécessaires à l'opération : le budget communal, une subvention, une souscription auprès des habitants ; ceux-ci sont plus prompts à réclamer qu'à débourser, et la souscription ne ramène que 210 FF. En 1896 au hameau de Saint-André, elle avait permis de collecter 340 FF. Le budget de la commune peut apporter 1 120 FF ; il manque encore la moitié de la somme,

On fait appel à une subvention départementale ; mais le conseil Général n'accorde que 500 FF sur les 1 330 FF. C'est toujours çà pour encourager l'hygiène dans les campagnes. La commune emprunte les 830 FF manquant à Antoine Drivon, cultivateur habitant à La Garde, qui prête la somme au taux de 2,75 %.

Un morceau de terrain supplémentaire de 25 m² est acheté le 23 octobre, au même propriétaire et au même prix.

Les travaux vont pouvoir commencer et Jean Prebelle, maître maçon à Limonest, soumissionne le 11 octobre avec un rabais de « un franc pour chaque cent francs »,

Jean Prebelle : maître maçon à Limonest est associé à Léonard Legrand, maître Prebelle est né à Saint Hilaire en 1851, sa femme Delphine est aussi originaire de Saint Hilaire ; ils vivent avec leur petit-fils Henri Jacques qui a trois ans.

Alexandre Sabarly, en qualité de maire, ne peut soumissionner, et Guillaume Coudert, autre maître maçon, n'ayant déjà pas fait acte de candidature pour le lavoir du Mathias, pour des raisons personnelles, ne se manifeste pas non plus pour ce lavoir.

Le 14 mai 1907, la réception provisoire est signée par l'entrepreneur Jean Prebelle, l'agent voyer Poitrasson, le maire Sabarly et les conseillers Coindre et Granger.

La réception définitive interviendra le 24 mai 1909.

 



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